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Quels
sont les effets de l'organisation du travail sur la croissance économique
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Note : cette dissertation a été rédigée par un candidat de l'académie de Nice au baccalauréat 2000 [la lecture des statistiques a été actualisée]. Si elle comporte certains oublis (indiqués en italique notamment pour l'étude précise des documents), elle va, sur certains points, notamment pour les références aux auteurs économiques, bien au-delà de ce qui est demandé en Terminale. Les points positifs compensant ceux négatifs, elle a été notée 20 / 20. La copie faisait 17 pages format "bac".
Mai 1968 : dans les usines, les boulons volent; la révolte des
OS (ouvriers spécialisés) a largement supplanté les manifestations
d'étudiants. Les revendications ouvrières semblent particulièrement
claires et relèvent essentiellement des contraintes exercées par
l'organisation taylorienne-fordiste de leur activité. Le caractère
compensatoire des salaires élevés des usines des "trente glorieuses"
ne suffit plus face à la nature abrutissante des tâches répétées
à longueur de journée. L'aspect particulièrement aliénant
du travail taylorisé (Georges Friedman parlera d'un travail émietté)
pressenti comme indépassable dans cette période de croissance
et de prospérité semble néanmoins remis en cause par l'ampleur
des grèves précédant les accords de Grenelle. Puis finalement,
plus rien ou presque... Chacun s'accorde dès lors à penser que
le modèle de régulation fordiste ne saurait être remis en
cause dans la mesure où il est une caractéristique essentielle
de la croissance économique sans précédant que connaissent
l'ensemble des pays industrialisés depuis la fin de la seconde guerre
mondiale.
L'organisation du travail, caractérisant les moyens par lesquels est
organisée la production afin d'accroître la productivité
et plus généralement la compétitivité de l'entrepris,
reste sous les formes les plus diverses (fordisme, toyotisme...) une composante
essentielle de la vie des l'entreprises; son imbrication avec la croissance
économique (se définissant comme
l'augmentation soutenue du produit global d'une nation en termes réels
sur une période longue) a largement servi à légitimer ce
que Marx entrevoyait comme "une forme civilisée d'asservissement" tout
au long de la seconde moitié du XXe siècle, même si elle
semble néanmoins difficile à cerner tant il importe d'y adjoindre
la multiplicité des formes ainsi que certaines contraintes telles que
l'internationalisation des économies.
Si l'organisation fordiste du travail peut sous
certains aspects être considérée comme un modèle
en porte-à-faux , d'autres formes plus diffuses et plus syncrétiques
d'organisation du travail relevant de stratégies prenant en compte la
"globalisation économique" se développent depuis le début
des années 1980.
Nous allons voir comment les différentes formes d'organisation du travail
sont à mettre en étroite relation avec la croissance économique
et nous nous appuierons sur la période des "trente glorieuses" pour démontrer
cette corrélation; cependant le contexte économique actuel semble
marquer le pas de nouvelles formes de croissance et les récents bouleversements
qu'ont connus les formes traditionnelles d'organisation du travail semblent
remettre en cause la logique de prospérité du modèle de
régulation fordiste-keynésien.
Les travaux de Dominique Méda ont clairement
démontré que le travail tel que nous le connaissons actuellement
trouve son origine au XVIIIe siècle. Adam Smith (document 3) avait montré
les bienfaits de la parcellisation des tâches en s'appuyant sur l'exemple
d'une manufacture d'épingles. La spécialisation de l'ouvrier
dans une tâche précise permet d'éviter de perdre du temps
en changeant d'outils, elle augmente la rapidité d'exécution et
favorise l'invention de machines : bref, elle augmente la productivité
du travail, c'est-à-dire la possibilité d'augmenter la production
en utilisant les mêmes quantités de facteurs de production.
En effet, l'organisation du travail par des moyens scientifiques est beaucoup
plus récente et doit être rattachée aux travaux de Taylor.
Le taylorisme propose pour réduire la "flânerie systématique"
constatée dans bon nombre d'usines d'organiser l'activité productive
selon une hiérarchie pyramidale. La division du travail est double. La
division verticale consiste à distinguer les travaux de conception des
travaux d'exécution. le savoir des ouvriers doit être confié
aux ingénieurs qui vont dès lors avoir pour mission de procéder
à une réorganisation constante de la production en vue de l'amélioration
de la compétitivité. Cette division trouve son origine dans l'application
d'une formule taylorienne bien connue consistant en une déintellectualisation
du travail ouvrier : "les ouvriers ne sont pas payés pour penser". A
cette division verticale va être alors adjointe une division horizontale
consistant en une parcellisation des tâches productives et ce afin de
réaliser toute activité selon la meilleure façon de possible
: "the on best way", elle-même définie par les ingénieurs.
Il n'est nullement ici question de l'invention du travail à chaîne
mais de la création d'un nouveau mode organisationnel qui jettera
les bases du modèle fordiste.
C 'est justement Ford qui
Ford tend à généraliser dans ses usines le travail à
la chaîne suivant les principes tayloristes en y adjoignant un élément
important de la corrélation organisation du travail - croissance économique
: un largement supérieur à celui offert dans les autres entreprises
et croissant afin de stimuler la productivité des travailleurs et de
sélectionner les meilleurs d'entre eux. cette forme de rémunération
sera alors popularisée par la fameuse formule du "five dollars a day".
Ford avait bien compris qu'il ne pouvait généraliser sa conception
scientifico-technique du travail sans en contrepartie laisser le champ libre
à un puissant contre-pouvoir syndical se chargeant de réclamer
des augmentations de salaire assez généralement acceptées.
L'ostentation et la puissance des patrons était dès lors compensée
par l'accès pour la masse des salariés à une société
consommation de masse naissante et généralisable à l'ensemble
des pays industrialisés : "la croissance, c'est bon pour tout le monde".
L interprétation économique de cette forme d organisation a été
réalisée par E. Domar qui r propose une application à long
terme des principes keynésiens en développant l'idée d'un
modèle de croissance équilibré. (Note : cette référence
dépasse le programme de Terminale, mais l'analyse qui suit des gains
de productivité et de la consommation en fait partie) ce dernier
repose sur l'égalisation de deux effets :
- l'effet d'offre est basé sur le mécanisme du multiplicateur
de Richard Khan également repris dans l'analyse keynésienne. Tout
investissement productif dans une entreprise va favoriser une augmentation des
gains de productivité et donc une hausse de la production globale.
- l'effet de demande correspond à un accroissement de la demande de consommation
consécutif à l'augmentation des salaires relevant d'un partage
de la valeur ajoutée favorable aux salariés.
Pour Domar l'existence d'une croissance longue et soutenue ne peut provenir
que de l'égalisation de l'effet d'offre (augmentation de la production)
et de l'effet de demande (augmentation des achats) qui nécessite une
intervention de l'État pour soutenir l'investissement. Cette analyse
constitue le postulat de base de la régulation fordiste du travail qui
favorisé une prospérité à long terme dès
la généralisation de ce modèle à la plupart de pays
industrialisés. Est apparue, d'abord aux États-Unis puis en Europe,
une augmentation de la richesse créée et distribuée reposant
sur un mécanisme de "cercles vertueux de croissance".
En effet, l'accès à la société de consommation de
masse permise par une forte rémunération (Ford a un jour déclaré
que la prospérité de son entreprise reposait sur la formule "mes
ouvriers achètent les voitures qu'ils produisent"), permettait aux entrepreneurs,
notamment par l'effet d'accélérateur d'accroître leurs investissements
productifs donc leurs gains de productivité et d'en redistribuer une
partie sous forme de rémunérations élevées. Toute
hausse de la demande entraîne une croissance multiple des investissements
car le coefficient de capital est supérieur à 1.
Statistiquement, (document 2) les périodes de forts
gains de productivité du travail, en France par exemple, comme en 1921-31
et surtout 1949-1973, sont également les périodes de forte croissance.
(Note : il est obligatoire d'utiliser précisément le document
et non seulement de le citer)
L'application à grande échelle de ces principes a favorisé
le développement d'une longue période de prospérité
économique et de quasi plein-emploi, décrite par Jean Fourastié
par le paradigme de "croissance atypique des trente glorieuses". Tout au long
de cette période s'est en effet développé par le pouvoir
d'achat des salariés l'accès à de nouvelles formes de consommation
: voiture, télévision, réfrigérateurs... Cet accès,
facilité par les bas prix obtenu par les gains de productivité,
allait devenir la consommation de masse. Elle conduit certains auteurs comme
Mendras à parler d'un "embourgeoisement de la classe ouvrière"
tout à fait symptomatique de cette durable prospérité.
L'organisation du travail laissait également libre cours aux contre-pouvoirs
syndicaux qui se développèrent largement tout au long de la période
1945-1975 : le compromis fordiste a besoin d'un pouvoir syndical fort capable
de négocier la hausse régulière des salaires assurant des
débouchés à la production de masse.
Cette hausse du pouvoir d'achat ne ce serait pas réalisé sans
l'intervention croissante de l'Etat. Le développement économique
clairement établi comme la résultat d'une forme d'organisation
nouvelle de la production favorisa également l'apparition puis l'accroissement
des rôles régulateur et redistributif de l'Etat-Providence, corroborant
ainsi la démonstration empirique de l'économiste Wagner. Cet État,
dans son fondement keynésien, doit soutenir le pouvoir d'achat
des ménages les plus "pauvres" : ces derniers, ayant la propension à
consommer la plus forte, sont à la base de la consommation de masse et
de toute relance de la demande nécessaire pour revenir vers une
situation de prospérité et de plein emploi, en cas de crise.
En conclusion , l'organisation taylorienne et fordiste du travail a largement
impulsé le contexte de croissance qu'ont connu les pays industrialisés
par un souci constant de faciliter l'accès du plus grand nombre à
la société de consommation de masse.
La remise en cause d'une corrélation apparemment si stable doit avant
tout s'établir autour d'un point essentiel qui est celui des formes actuelles
de la croissance économique. L'internationalisation des économies
semble avoir durablement modifié la donne quant à un contexte
de croissance similaire à celui des "trente glorieuses".
En effet, l'ouverture internationale a contribué tout au long de la décennie
1975-1995 à réduire la rentabilité des "forteresses industrielles"
qui ont du même coup opéré une importante réduction
de leurs investissements de capacité au profit de placement plus rémunérateurs
sur les marchés financiers. Ce phénomène renvoie à
la notion de profitabilité développée par Malinvaud. La
réduction des investissements productifs a dès lors contribué
à réduire les gains de productivité des entreprises. La
croissance de la productivité du travail est passée de 4,7 % par
an entre 1961 et 1973 à 1,1 % entre 1993 et 2002 (document 2)
, déstabilisant totalement le modèle fordiste keynésien.
Le maintien de salaires élevés et de revendications en matière
d'augmentation des rémunérations conduisirent alors à ce
qui fut décrit par Courbis comme une "spirale inflationniste" favorisant
ainsi la généralisation des politiques d'austérité
plongeant l'Etat-Providence dans une crise, qui, pour des auteurs tels que Pierre
Rosanvallon, reste d'actualité.
Si le fordisme a connu une large remise en cause, c'est du fait des modifications
de la demande . Un modèle unique de Ford T noire ne peut convenir à
cette nouvelle société de consommation réclamant des modèles
diversifiés : rouges, verts, bleus, avec toit ouvrant, avec climatisation
pour les automobiles, ceci étant vrai quelque soit les objets consommés.
Cet aspect ne peut être pris en compte par les chaînes de production
tayloriennes qui ne peuvent construire qu'un seul modèle et qui sont
des investissements lourds nécessitant une sécurité dans
l'écoulement de la production pour être rentables.
Face à ces difficultés, les formes d'organisation à
flux tendus reçurent un écho suffisamment important pour en assurer
la généralisation et le développement de concepts tels
que le reeingenering (simplification des hiérarchies au sein de l'entreprise),
le kaizen (processus d'amélioration continu du mode de production) ou
le toyotisme (document 6) qui part de l'aval pour déterminer
l'amont contrairement au taylorisme : en fonction de la demande, les produits
sont mis en production, chaque poste de production ne produit que ce qui est
nécessaire au suivant, ce qui évite le coût des stocks et
répond au mieux à la qualité recherchée. Ces
formes d'organisation devaient répondre au souci de diversité
et de qualité des consommateurs tout en maintenant une compétitivité
face aux entreprises des autres pays.
Ces contraintes de coût impliquent que ces nouvelles formes d'organisation
du travail répondent avant tout à un besoin d'accroissement de
la flexibilité et principalement de celle quantitative externe : l'entreprise
fait varier le nombre de salariés selon son carnet de commandes par un
recours important aux contrats à durée déterminée.
La part des emplois précaires des emplois précaire en France
est passée de 6 % de l'ensemble des salariés en 1985 à
plus de 14 % en 2001 (document 5). L'entreprise peut
aussi recourir à l'externalisation : elle se concentre sur sont activité
productive et emploie des sous-traitants pour réaliser les tâches
qu'elle effectuait auparavant. Enfin, le flexibilité salariale propose
un ajustement du coût du travail aux bénéfices de l'entreprise.
Cette flexibilité constituant le postulat de base des formes nouvelles
d'organisation du travail et a amené ce qui fut analysé par Piore
comme une segmentation du marché du travail : celui-ci se voit clairement
divisé en un marché primaire constituant un marché stable
et bien rémunéré, et un marché secondaire où
le salaire peut être analysé selon l'analyse néo-classique
: il est sensiblement égal à la productivité marginale
du travail, et les emplois sont précaires et instables. Ainsi, dans une
logique keynésienne, il est possible d'interpréter la période
de "croissance molle" qu'ont connu les économies industrialisées
ces dernières années comme l'application et la généralisation
de ces modes d'organisation du travail. Le salaires n'est plus le résultat
d'un contrat favorable à la consommation mais correspond à une
logique managériale libérale (document 1). Mac
Do est caractéristique de cette logique, non parce que son organisation
s'oppose au taylorisme, au contraire, la double division du travail horizontale
et verticale est présente, mais parce qu'elle recherche l'adaptation
de la production à l'amont, la diminution des coûts salariaux par
les emplois partiels et précaires, bref qu'elle correspond au post-taylorisme.
En ce sens, la consommation est beaucoup moins stimulée et les cercles
vertueux de croissance semblent définitivement rompus, sous l'effet d'une
recherche constante d'efficacité économique de chaque entreprise.
Au terme de cette étude où il a été
mis en évidence le caractère déterminant de l'organisation
fordiste du travail dans la période de croissance des "trente glorieuses",
il ressort qu'une logique d'organisation à flux tendus de la production
(et semble-t-il du travail) qui s'est largement développé tout
au long des années 1980 ne saurait permettre le retour à une période
de prospérité similaire tout du moins pour l'ensemble des actifs.
La segmentation avérée
du marché du travail favorise de fait des déséquilibres
sociaux importants, interprétés notamment comme une "fracture
sociale", desquels ne peuvent resurgir une quelconque croissance forte et durable.
l'accroissement d'une logique libérale dans l'organisation de la production
ne pose pas de problèmes uniquement au niveau économique
mais aussi également au niveau social. On assiste ainsi pour certains
auteurs comme ANDRÉ Gorz au développement d'une "société
de nouveaux valets" et pour d'autres comme Robert Castels, la précarisation
ne fait que renforcer le processus de "désaffiliation sociale".